Un Point d’Accès à l’Orientation pour soutenir les avenirs
Le Point d’Accès à l’Orientation, c’est d’abord un projet de cœur né au beau milieu de cette immense usine qui a l’art de rafistoler les ‘braves’. En avril 2025, j’y étais un peu par la force des choses, le temps de procéder à un ‘reset’ nécessaire pour la bonne marche du reste de ma vie.
L’aventure aurait pu être un frein soudain à mon activité si elle n’avait pas pris une tournure aussi inspirante que surprenante. Car, voyez-vous, je n’ai pas fait que de me ‘remettre de mes émotions’ dans l’intimité de ma chambre.
Il y a eu ces moments, quelque peu surréalistes, où l’on venait me consulter, tel un bon médecin de famille toujours prêt à prodiguer ses meilleurs conseils… pour les études.
Infirmières, aide-soignantes, kiné, nutritionnistes ont défilé à mon bureau de fortune pour évoquer leurs difficultés à trouver la bonne voie pour leurs enfants, quand ce n’est pas pour des jeunes de leur proche entourage.
Les conditions n’étaient certes pas idéales. Mais elles étaient propices à s’interroger.
Comment se fait-il que ce personnel vienne demander de l’aide en matière d’orientation alors qu’en France, on ne manque certainement pas de moyens?
Il suffit juste de se prendre par la main. Lire les magazines spécialisés. Visiter un salon étudiant. Pousser la porte d’un centre d’orientation. Ou, plus pratique encore, sortir son smartphone et télécharger l’une de ces nombreuses applications ludiques qui ouvrent les horizons.
Pourtant le constat est là. Même s’il y avait certainement une considération curative derrière ces sollicitations, difficile de ne pas y voir, en creux, un malaise sur cet aspect de la scolarité des enfants relégué, traditionnellement, au second plan.
Plutôt que de laisser des cartes de visite sur ma table de chevet, j’ai pensé qu’il valait mieux réfléchir une solution depuis le point de départ de la demande.
Au coin du bon sens
Ce besoin en effet s’exprime à partir du lieu de travail et ce n’est pas juste le fruit du hasard. À défaut d’apparaître comme un espace laissant beaucoup de latitude en dehors de ses heures d’activité, le lieu de travail demeure l’environnement de proximité où l’on passe une grande partie de son temps.
Réfléchir un dispositif qui viendrait s’inscrire dans le quotidien professionnel est apparu comme une alternative à explorer en suivant le seul fil directeur qui compte.
À l’heure où l’orientation est devenue structurellement inégalitaire en France, comment réussir à donner l’accès à une orientation de qualité à moindre coût ?
L’une des clés pourrait s’entrevoir dans le cadre des politiques RSE des entreprises. Car l’orientation scolaire des enfants des salariés constitue aussi l’air de rien un enjeu pour ces organisations.
Dans une lecture RH, il s’agit d’un avantage en nature qui participe au sentiment de ‘bien-être au travail’ comme le veut l’expression consacrée. Le p’tit plus que le voisin n’a pas et qui participe à façonner la marque employeur par d’autres vecteurs.
En réalité, l’orientation ne se réduit pas à la question de la fidélisation des employés, et d’image sociale de l’employeur. L’orientation touche, dans l’ombre, bien des aspects de la vie de l’entreprise et constitue à ce titre un levier de croissance vertueuse.
Quand cette grande banque du Sud de la France répond au manque d’attractivité de ses métiers par une campagne publicitaire XXL en direction des jeunes, quand cette entreprise familiale de la Tech azuréenne s’étonne, année après année, de ne jamais voir candidater les enfants de ses propres salariés, on touche du doigt la même cécité. L’orientation n’est pas seulement une affaire privée. Elle est devenue, sans que personne ne s’en avise vraiment, une affaire d’entreprise.
D’abord parce qu’une organisation qui prend soin d’orienter les enfants de ses salariés cultive, sans même le chercher, le meilleur réseau de cooptation qui soit. Le bouche-à-oreille familial reste, et de loin, le canal de recrutement le plus fiable et le moins onéreux qui existe. Un jeune qui grandit en entendant son père ou sa mère parler avec fierté d’un métier finit, tôt ou tard, par s’y intéresser à son tour, surtout si quelqu’un a pris la peine de lui en montrer la vraie réalité plutôt que les clichés qui circulent sur les forums d’orientation.
Ensuite parce que l’orientation, bien conduite, devient un instrument de détection avant l’heure. Un conseiller qui passe du temps avec un adolescent repère souvent des aptitudes et des inclinations qu’aucun CV ne saurait encore documenter. Et qu’une organisation suffisamment patiente peut choisir de cultiver, via un stage, une alternance, un parrainage, bien avant que ce jeune ne devienne un candidat au sens classique du terme.
Enfin, parce que certains métiers, et la banque citée plus haut en sait quelque chose, souffrent moins d’un manque de débouchés que d’un déficit d’image. On ne convainc pas un adolescent qu’un métier est fait pour lui à coups d’affiches aguicheuses dans le métro. On lui insuffle une envie parce qu’on lui donne l’opportunité d’en parler avec quelqu’un qui le pratique, ou tout du moins qui le comprend de l’intérieur.
Voilà, en somme, l’esprit qui préside à la création du
Point d’Accès à l’Orientation.
Léger à enclencher, lourd de sens
Le dispositif, dans son architecture, ne demande ni big bang ni service dédié. Il se décline en trois formats complémentaires. Des permanences ‘sur site’, où un conseiller tient boutique à raison de deux à trois journées par mois; des entretiens à distance ; et des conférences thématiques, où l’on vient lever le voile sur un secteur ou un métier en tension, avec cette franchise qu’aucune plaquette commerciale ne se permettrait.
La nature de l’accompagnement est à la carte, de la simple réponse à une situation précise à un parcours complet d’orientation. Le diagnostic individuel s’appuie sur un outil psychométrique éprouvé, pensé pour révéler les talents et les motivations profondes d’un jeune au-delà de ses seuls résultats scolaires. La restitution qui suit ouvre alors sur une feuille de route concrète, sélection des établissements pertinents, calendrier des démarches tout cela agrémenté d’un document de synthèse remise à la famille.
Le financement, lui, suit une logique de cofinancement plutôt que de mécénat à fonds perdus.
L’employeur prend en charge l’essentiel du coût, le salarié une part symbolique de quelques dizaines d’euros par entretien, suffisante pour qu’il se sente partie prenante plutôt que simple bénéficiaire d’une largesse. Des hypothèses de coûts construites sur deux dossiers réels ont quelque chose de rassurant pour qui redoute un alourdissement du budget. Une consultation d’une heure dans une permanence sur site ou en distanciel est de l’ordre de 50€ contre 100€ suivant les pratiques courantes du marché. Un suivi entier quant à lui tourne aux alentours de 500€, soit moitié moins que les acteurs premium du secteur.
Reste à savoir si l’on regarde tout cela comme un vœu pieux de plus dans le grand inventaire des bonnes intentions RSE, ou comme un acte fondateur.
La réponse tient en une observation simple. Ce dispositif n’est pas né d’un comité stratégique ni d’un brainstorming RH. Il est né d’un couloir d’hôpital, d’un bureau de fortune, et d’un personnel soignant venu poser, entre deux soins, la seule question qui comptait vraiment ce jour-là : celle de l’avenir de leurs enfants.
Tout le reste, l’architecture, le financement, les formats, n’est fait que pour donner corps à ce qui s’était d’abord imposé comme une évidence.
Faisons en sorte, chers décideurs, de poser une petite pierre pour soutenir cet ouvrage majeur dont le nom s’affiche en toutes lettres : O.R.I.E.N.T.A.T.I.O.N


